Et elle m’a donné l’une des plus grandes leçons d’investissement de ma vie.
Simone travaille à New York, dans une organisation comparable à la Caisse de dépôt.
On y reçoit les cotisations de milliers de professionnels américains, on gère ces fonds, on les investit, et on s’assure que les rentes seront payées — exactement comme le Régime de rentes du Québec.
Simone, elle, est du côté investissement.
Son mandat? Deux titres seulement : Microsoft et Apple.
Deux titres… dans un portefeuille qui en compte des centaines.
Pour les suivre, elle dispose d’une petite équipe de deux analystes. Ensemble, ils dissèquent les industries, produisent des recherches approfondies, rencontrent la direction des entreprises et préparent des présentations pour les décideurs du fonds.
Le parcours de Simone est impressionnant.Diplômée de Harvard Business School. Sept ans chez JP Morgan en banque d’affaires. Huit ans chez Google, au cœur de la finance corporative.
Lorsqu’elle a voulu revenir à New York, décrocher ce poste n’a posé aucune difficulté. Son expérience, ses compétences et son réseau parlaient pour elle.
Sa rémunération? Un salaire de base, et un bonus entièrement lié à la performance.
Au fil de l’année, Simone peut acheter davantage d’actions de Microsoft ou d’Apple, en vendre, ou ne rien faire. Bien sûr, chaque décision importante doit être justifiée et approuvée. Mais elle bénéficie d’une marge de manœuvre considérable.
Et surtout, Simone est 100 % dédiée à ces deux entreprises.
Elle assiste à des conférences technologiques partout dans le monde. Elle connaît personnellement des dirigeants et décideurs chez Microsoft et Apple. Elle lit absolument tous les rapports financiers. Elle peut faire appel à des spécialistes — fiscalistes internationaux, experts en propriété intellectuelle — lorsque nécessaire. Et à l’intérieur même de son organisation, elle a accès à une armée d’experts.
Son réseau est mondial. Elle échange régulièrement avec d’autres gestionnaires « Simone » en Amérique, en Europe et en Asie.
Autrement dit, Simone a tout pour réussir.
Et pourtant…
Malgré son talent, son expérience, son accès à l’information et ses ressources, Simone ne réussit pas chaque année à battre ses indices de référence. Certaines occasions lui échappent. D’autres ne deviennent évidentes… qu’après coup.
Sur plusieurs années, sa performance est honorable, conforme aux attentes. Et ses dirigeants le savent : battre les indices en technologie, de façon constante, est extrêmement difficile.
Maintenant, comparons.
Imaginez un investisseur individuel. Vous. Moi.
En plus de son emploi, il consacre quelques heures par semaine à ses placements. Il lit une analyse de Morningstar. Il remarque que Microsoft a bien performé récemment, qu’Apple un peu moins. Il se dit que faire « quelques bons coups » ici et là pourrait améliorer son rendement. Il vend quelques actions d'Apple.
Ce raisonnement est humain.Mais soyons honnêtes.
A-t-il réellement une chance de faire mieux que Simone?
Non.
S’il y parvient une année, ce sera par hasard — pas par supériorité informationnelle ou analytique.
Et c’est là que se trouve la leçon.
L’investissement appelle à l’humilité. La conclusion logique est simple : aligner son portefeuille sur les grands indices boursiers mondiaux.
Cela peut se faire avec des FNB diversifiés, ou avec un portefeuille de titres soigneusement choisis pour leur rôle en matière de diversification, de rendement et de risque. Dans les deux cas, obtenir un rendement proche de celui des indices est déjà un excellent résultat.
Sans être une Simone.
Mot de la fin
Je suis un investisseur. Je partage ici ma réflexion et ma stratégie dans un seul but : vous aider à développer la vôtre.
Comme investisseur individuel, on peut très bien comprendre la fiscalité, minimiser ou différer l’impôt, maintenir un portefeuille discipliné, réinvestir les rendements et planifier sa retraite avec rigueur. On peut aussi, lors de circonstances exceptionnelles, rechercher méthodiquement des occasions, diversifier intelligemment et laisser le temps jouer en notre faveur. Tout cela est dans notre contrôle.
Mais croire qu’on peut battre systématiquement les professionnels comme Simone.
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